Activités du CRC novembre-décembre 2017

Activités du Centre de Recherches sur la Chine (CRC-IRIEC) de novembre et décembre 2017:

  • Mardi 28 novembre 2017 18h-20h, Université Rennes 2, amphi E1 : Nancy Balard fera une conférence sur les techniques et la culture de la fabrication de porcelaine de Jingdezhen à l’Université Rennes 2.
  • Vendredi 1 décembre 2017 14h-17h, Université Paul-Valéry Montpellier 3, Auditorium (site Saint Charles 2) : MA Jun fera une intervention intitulée Comment comprendre la notion de « liberté » chez Liang Qichao : sources chinoises, japonaises et européennes dans le cadre de la journée d’études « Les Lumières vues de Chine ».
  • Jeudi 7 décembre 2017 9h15-18h, Université Paul-Valéry Montpellier 3, salle Camproux : le CRC organise une journée d’études « Innovation et Créativité en Chine ».
  • Vendredi 15 décembre 2017 09h15-11h15, Université Paul-Valéry Montpellier 3, salle C020 : Solange Cruveillé animera une séance du séminaire de l’IRIEC consacré à la traduction.
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Pan Xiang, Tong Bin et Tang Ying : trois hommes liés par l’Histoire / 命运交错的番相,童宾和唐英

La manufacture impériale de Jingdezhen 景德镇, dans la province du Jiangxi 江西, fut mise en place au début de la dynastie Ming 明 (1368 – 1644) afin de fournir le Palais en porcelaines dignes des Fils du Ciel.

Sous la dynastie des Ming, les fours officiels étaient supervisés tantôt par des eunuques envoyés de la Cour, tantôt par des fonctionnaires locaux. Les travailleurs étaient quant à eux recrutés selon un système de corvées qui se maintint jusqu’au XVIIe siècle. Les eunuques responsables des commandes officielles se firent remarquer par leur cruauté et leurs demandes excessives à tous points de vue. Jessica Harrison-Hall, conservatrice des collections de céramiques chinoises au British Museum (Londres), n’hésite pas à les qualifier de « cupides et extravagants » : l’eunuque Pan Xiang 番相 provoqua des émeutes dès son arrivée en 1599. Il ne fut pourtant démis de ses fonctions que vingt-et-un ans plus tard[1]

Pan Xiang fut à l’origine de l’une des légendes les plus célèbres de Jingdezhen : celle de Tong Bin 童宾. En 1599, à la demande de l’empereur Wanli 万历 (1573 – 1620), Pan Xiang ordonna la fabrication de grandes jarres bleu et blanc à décor de dragon. Subissant les violences de l’eunuque, les travailleurs de la manufacture impériale s’attelèrent à la tâche durant des jours et des nuits, sans parvenir à atteindre les résultats attendus. L’un d’eux, Tong Bin, pris de désespoir, finit par se jeter dans l’un des fours utilisés pour la cuisson des porcelaines. La légende raconte que la grande jarre qui ressortit de cette cuisson dans laquelle avait péri le malheureux Tong Bin marqua enfin la réussite tant attendue[2]. Tong Bin fut jusqu’aux années mille-neuf-cent-cinquante vénéré comme le dieu du vent et du feu (fēng huǒ xiān shī 风火仙师), protecteur des potiers de Jingdezhen.

À l’opposé du tristement célèbre Pan Xiang se positionne Tang Ying 唐英, superviseur de la manufacture impériale sous la dynastie des Qing 清 (1644 – 1911), de 1728 à 1756. Officiel à la Cour au Bureau des affaires intérieures (nèiwùfǔ 内务府) et originaire de Shenyang 沈阳, bien loin de Jingdezhen, il y fut envoyé durant la sixième année du règne de l’empereur Yongzheng 雍正 (1723-1735). Dès son arrivée, contrairement à Pan Xiang qui s’attira les colères des potiers, Tang Ying se jeta à corps perdu dans sa mission. Il tint à apprendre lui-même les techniques de fabrication de la porcelaine : au bout de trois années de pratique côte à côte avec les travailleurs de la manufacture, il finit par maîtriser cet art. Il illustra en 1730 les étapes de la production de céramique dans son táo chéng tú 陶成图 (La fabrication de céramique illustrée), et en 1743 rédigea ce qui reste une référence pour la compréhension de l’organisation et des méthodes de production de porcelaine à Jingdezhen, le táo yě tú shuō 陶冶图说 (propos illustrés sur la production céramique)[3]. Grâce à ses efforts, à son engagement et à l’attention qu’il portait aux potiers, il mena la manufacture impériale à son sommet. Les pièces fabriquées durant son service sont restées dans l’histoire sous le terme Táng yáo 唐窑 (fours de Tang).

Plus de cent-cinquante ans après la mort de Tong Bin, Tang Ying fit reconstruire le temple du dieu du vent et du feu dans l’enceinte de la manufacture impériale, et rédigea des textes en l’honneur de ce héros du passé. En 2008, le temple, disparu depuis longtemps, fut une nouvelle fois reconstruit, à l’emplacement de l’ancienne manufacture impériale, en plein cœur de Jingdezhen.

 Nancy Balard


[1] Jessica HARRISON-HALL, Catalogue of late Yuan and Ming ceramics in the British Museum, British Museum Press, Londres, ©2001, p. 24.

[2] COLLECTIF, Jǐngdézhèn mínjiān gùshi 景德镇文史资料第19辑 : 景德镇民间故事 (Ressources historiques et littéraires de Jingdezhen volume 19 : histoires du folklore de Jingdezhen), sous la direction de Jǐngdézhèn shì zhèng xié xuéxí wén shǐ wěiyuánhuì, 景德镇市政协学习文史委员会, Jǐngdézhèn shì wénhuà jú 景德镇市文化局, Jǐngdézhèn shì fēi wùzhì wénhuà yíchǎn yánjiū bǎohù zhōngxīn 景德镇市非物质文化遗产研究保护中心, s. l. n. d., p. 14 – 15.

[3] CHEN Yuqian 陈雨前, LI Xinghua 李兴华, ZHENG Naizhang 郑乃章, Jǐngdézhèn táocí wénhuà gàilùn 景德镇陶瓷文化概论 (Introduction à la culture céramique de Jingdezhen), Jiangxi Gaoxiao chubanshe, Changnan, 2004, p. 337.