Brève présentation de la notion de « face » 西方与中国的“面子“概念简述

La réalisation d’un acte de langage est la plupart du temps le processus d’un choix des formules linguistiques polies ou impolies qui vont s’adapter le mieux au but illocutionnaire du locuteur. Ce processus implique donc de déterminer des stratégies de politesse dans l’interaction verbale. En 1987, Brown et Levinson[1] ont présenté leur théorie de la politesse qui est devenue depuis ce moment une des théories les plus répandues concernant la politesse du point de vue linguistique. Cette théorie a pour enjeu la notion de « face ». Ce terme a été introduit pour la première fois dans le milieu sociologique par Goffman en 1967.

« On peut définir le terme de face comme la valeur sociale positive qu’une personne revendique effectivement à travers la ligne d’action que les autres supposent qu’elle a adoptée au cours d’un contact particulier. La face est une image du moi déclinée selon certains attributs sociaux approuvés, et néanmoins partageable, puisque, par exemple, on peut donner une bonne image de sa profession ou de sa confession en donnant une bonne image de soi » (Goffman 1974: 9) [2].

Cette notion n’est pas inconnue pour les Chinois. Il semble même que ce soit un concept d’origine chinoise. Arthur H. Smith, dans son livre « Chinese Characteristics » (1900 [1894])[3], a consacré le premier chapitre intitulé « face » pour décrire le rôle important de cette notion dans la communication interpersonnelle des Chinois. Il constate que « […] the Chinese have a strongly dramatic instinct. », « […] any Chinese regards himself in the light of an actor in a drama. […] Properly to execute acts like these in all the complex relations of life, is to have « face ». » (Id. : 16-17). Même si Smith n’a pas pu donner une définition explicite de la « face », ses constatations correspondent tout à fait à la théorie de la figuration (face work) de Goffman qui est apparue plus tard, ainsi également qu’à la théorie de FTA de Brown et Levinson.

En chinois, le mot « face » dans le sens figuré peut se traduire de deux façons : « 面子mian zi » ou « 脸lian ». Selon Hu (1944 : 45)[4], « 面子mian zi » représente le prestige ou la réputation reconnue dans la société à travers le succès ou l’ostentation. Ce prestige dépend de l’environnement externe, tandis que « 脸lian » se réfère plutôt au respect d’un groupe accordé à la personne qui a une bonne réputation morale. Cela signifie que la société considère que cet individu personnifie la bonne morale. Le terme « 脸lian » porte à la fois sur la société et sur l’environnement interne. C’est ainsi que les expressions comme « 不要脸bu yao lian »[5], « 脸皮厚lian pi hou »[6] … impliquent la réputation morale, alors que les expressions comme « 爱面子ai mian zi »[7], « 要面子yao mian zi »[8]… manifestent le sens du prestige social. À travers ces expressions, nous voyons bien que la face, sous l’influence du Confucianisme, est considérée comme un « fardeau » et en même temps « valorisante » dans le développement des relations interpersonnelles (Ting-Toomey, 1994 : 7)[9].

[1] Brown, P., Levinson, S.C., 1987, Politeness:  some universals in language usage, Cambridge : Cambridge University Press.

[2] Goffman, E., 1974 (trad. fr.), Les rites d’interaction, Paris : Minuit.

[3] Smith, A., 1900, Chinese Characteristics, Fifth Edition, Revised, with Illustrations, New York: Fleming H. Revell Compagny.

[4] Hu, H. C., 1944, « The Chinese concepts of “face” », American anthropologist, vol. 46, pp. 45-64.

[5] Litt. « ne pas vouloir la face », ce qui signifie « éhontée ».

[6] Litt. « avoir une peau épaisse », ce qui signifie « sans vergogne ».

[7] Litt. « aimer la face » ce qui  signifie « aimer sauveguarder les apparences ; chercher à ne pas perdre la face ».

[8] Litt. « demander la face », ce qui signifie « sauver les apparences; tenir à sa réputation; être soucieux de préserver son honneur ».

[9] Ting-Toomey, S., 1994, « Face and facework: An introduction », In S. Ting-Toomey (ed.), The Challenge of facework: Cross-cultural and interpersonal issues, New York: State University of New York-Albany Press, pp. 1-14.

Xiaoxiao XIA

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