Marion Decome gagnante de la sélection régionale du concours « Ma thèse en 180 secondes ».

Nous sommes heureux de vous annoncer que l’une des membres du Centre de recherches sur la Chine, Marion Decome, a remporté le premier prix de la sélection régionale du concours « Ma thèse en 180 secondes » qui s’est tenue lundi 26 mai à l’Institut de botanique de Montpellier. Inspirée du concours « Three Minutes Thesis » qui a vu le jour à l’université de Queensland en Australie, cette compétition oppose des doctorants qui relèvent le défi d’expliquer en termes clairs et en trois minutes maximum le sujet et les enjeux de leur thèse à un public diversifié .

Marion a ainsi présenté sa thèse intitulée « La représentation des Chinois dans la littérature : 1840-1940 » lors d’une prestation largement applaudie qui a conquis le jury. Elle ira donc défendre les couleurs du collège doctoral du Languedoc-Roussillon en finale nationale le 10 juin 2014 à Lyon, où s’affronteront les gagnants de toutes les régions. 

Le ou la doctorant(e) qui remportera le premier prix à Lyon représentera l’Hexagone lors de la finale internationale francophone  les 24 et 25 septembre 2014 à Montréal.

Encore félicitations à notre grande gagnante, à qui nous souhaitons bonne chance pour la prochaine étape !

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Les coulisses diplomatiques de la reconnaissance de la RPC.

A l’occasion du 50ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la France et la République populaire de Chine, la Direction de la Communication et de la Presse du Ministère des Affaires étrangères a produit un intéressant documentaire.

Nous remercions le Pôle de Production photographique et audiovisuelle du Ministère de nous avoir contacté afin de permettre une large diffusion de ce film qui, à travers le récit de deux anciens ambassadeurs et d’une historienne, dévoile les tractations qui ont précédé cette reconnaissance diplomatique historique.

Emilie Guillerez

 

Petit mot sur Mo Yan 莫言

Nous devons ce portrait de Mo Yan, lauréat du prix Nobel de littérature 2012, à Xu Lu, actuellement étudiante en Master d’études chinoises à l’Université Paul Valéry.

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De son vrai nom Guan Moye 管谟业, Mo Yan 莫言est un écrivain chinois très particulier. Il est singulier non seulement par sa capacité à mélanger des styles différents d’écritures – du réalisme, voire hyperréalisme mélangé avec de la fantasie[1], des mythes et du surréalisme – mais aussi par sa capacité à puiser jusque dans l’âme de ses personnages pour poser des questions avec puissance et ainsi susciter les réflexions du lecteur. C’est un homme qui cache une profonde souffrance en lui et c’est cette souffrance qui alimente son feu intérieur que l’on ressent dans chacune de ses œuvres.

Il est né en 1956 à Gaomi, dans la province du Shandong, au sein d’une famille de paysans. Mais comme le grand-père de Mo Yan avait un petit bout de terrain, sa famille fut classée « paysan moyen pauvre ». A cette époque, être classé « paysan moyen pauvre » donnait une très mauvaise « origine de classe », si bien que l’enfant Mo Yan, à l’école, fut soumis à des discriminations constantes. Vers la fin des années 50, c’est la période du Grand Bond en Avant[2] en Chine où la pauvreté et la famine touchaient toute la société rurale. Lui, étant classé « paysan moyen pauvre », n’avait même pas droit aux aides alimentaires et « à cette époque, il se nourrissait d’écorce d’arbres »[3]. La discrimination politique et la faim atroce ont marqué toute son enfance comme au fer rouge. Plus tard, il revint souvent sur cette période, et la décrivit avec émotion, en disant  « qu’une enfance malheureuse est une source d’inspiration infinie »[4].

 Pour Mo Yan, la voix des pauvres et des délaissés par la société a toujours une grande importance. Ainsi il se sentait très attiré par eux, vers ces « voix oubliées ». Il voulait les faire ressortir de la terre, de la pénombre et de l’enfer… Mais dans une Chine où la culture et surtout la littérature sont encore très censurées, le meilleur moyen qu’a trouvé Mo Yan de « crier » sans toucher la susceptibilité des autorités chinoises, est d’utiliser ce style d’allusion, mélange d’une réalité que Mo Yan voudrait démontrer, avec le fantastique d’un monde imaginaire. Cela explique également la raison du choix de son pseudonyme, Mo Yan, « Celui qui ne parle pas »[5].

 Ainsi, pour fuir la pauvreté et la faim de la campagne, il est entré dans l’armée chinoise à l’âge de 20 ans. Il fit sa première publication en 1981, avec le  roman Pluie torrentielle de nuit printanière[6] et depuis, il n’a plus reposé sa plume. « Quelque quatre-vingts romans, essais et nouvelles composent son œuvre. Une partie est traduite en français, dont : Le Clan du sorgho[7], Le pays de l’alcool[8], Le Supplice de santal[9], Beaux seins, belles fesses[10] et Quarante et un coups de canon[11]»[12].

Dans la vie réelle, Mo Yan est plutôt quelqu’un de modeste, discret et accommodant, un « celui qui ne parle pas ». Mais il parle avec sa plume, avec son écriture et à travers tous ses personnages. Et quelle ampleur de liberté, quel héroïsme et quelle figure d’autorité. Dans l’histoire qu’il conte, il met souvent l’état le plus secret et le plus brut de l’âme humaine face aux lecteurs : dans toutes ses peurs, toutes ses cruautés, tous ses désirs les plus charnels, une âme à la fois si petite, si fragile et pourtant dotée d’une si grande force de vie. Et c’est avec un calme absolu et une froideur mélangée presque à un plaisir esthétique qu’il nous décrit la sanglante souffrance et la mort. Sous sa plume, la terre, la mère, le corps, toute la nature, ont pris une importance cruciale. Il nous fait faire face aux choses charnelles (le symbole des péchés) que nous avons envie de fuir depuis la nuit des temps. Sans jugement de morale et sans condamnation, il nous démontre les choses telles qu’elles sont, pour sentir, pour comprendre et pourquoi pas pour enfin pardonner.

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 Le style fantastique qu’utilise Mo Yan dans ses romans est dû en grande partie à ses grands-parents durant son enfance car « c’est auprès de ses grands-parents qu’il apprendra de nombreuses histoires de contes et légendes des campagnes chinoises, pleines de démons et de fantômes »[13]. Plus tard, il avouera surtout avoir été influencé par d’anciens livres chinois comme le Liaozhai zhiyi 聊斋志异[14] ou le Fengshen Yanyi 封神演义[15] :

Quand les critiques chinois disent que son style fantastique est influencé par ce qui venait de l’étranger, Mo Yan a lui-même dévoilé le secret de son soi-disant « style  réaliste magique », qui n’est autre qu’emprunté au folklore chinois comme dans les récits de Fengshen Yanyi[16]. En d’autres termes, ceci est inspiré du roman populaire chinois et non uniquement des œuvres étrangères. Dans ces histoires folkloriques chinoises, il y a par exemple, les yeux d’une personne exorbités, puis de ses deux orbites vides, deux mains avec un œil dans chacune des paumes. Ces deux yeux magiques pouvaient regarder jusqu’à trois pieds sous terre… Dans une autre histoire, une personne était capable de laisser sa tête s’envoler de son cou et ainsi de chanter dans le ciel. Un jour, son ennemi s’est transformé en aigle, puis lui installa la tête à l’envers sur le cou, le résultat est que quand il court en avant, il recule, et quand il recule, il avance… Tous ces scénarii ont plus ou moins réapparu plus tard dans les romans de Mo Yan[17].

 Non seulement il a dévoré toutes les littératures classiques chinoises, mais aussi toutes les traductions chinoises des maîtres de la littérature mondiale, comme Faulkner[18], Garcia Marquez[19], les romanciers russes, etc. De cette manière, son écriture s’inspire à la fois de sa vie dans son village natal du Shandong et de tout ce qu’il a assimilé par ailleurs. Cela donne aussi à son style un caractère unique en Chine.

 Avec le prix Nobel que Mo Yan a obtenu et surtout après le discours qu’il a prononcé devant les membres du Comité Nobel, il a suscité des réactions de toutes sortes venues des différents milieux, notamment du milieu culturel. Certains artistes lui reprochaient d’être trop procommuniste, de par son statut de membre du parti et son titre de vice-président de l’Union des écrivains chinois (organisme officiel). De plus en mai 2012, il a fait partie des cent écrivains chinois qui ont accepté de participer à un hommage à Mao Zedong[20], où chacun des participants devait copier à la main un passage des « discours de Yan’an sur la littérature et les arts »[21]de 1942.On lui reprocha de « respirer dans la même narine » (Tong yige bikongli chuqi 同一个鼻孔里出气) que le Parti Communiste Chinois et on le soupçonna d’avoir une collaboration douce avec le régime… Voici ce qu’il a répondu lors d’une conférence de presse : «Certains disent qu’en raison de ma relation étroite avec le Parti Communiste, je ne devrais pas avoir eu le prix. Je ne trouve pas cela convaincant. Je crois que beaucoup de mes critiques n’ont pas lu mes livres. S’ils les avaient lus, ils auraient compris qu’ils ont été écrits sous haute pression et qu’ils m’ont exposé à des grands risques »[22]. Il a aussi souligné : « La politique est bien évidemment présente dans les thèmes de mes romans, mais la littérature ne doit pas avoir de responsabilité politique comme au temps de Mao Zedong »[23].

 Cela dit, il n’est pas facile de changer les choses tout en conservant son intégrité pour continuer le combat. Même si une expression chinoise dit : « Préférer être un jade brisé en morceaux qu’une tuile intacte »[24], n’est-il pas quelquefois plus sage d’économiser son énergie sur les choses futiles, comme le dit un proverbe français : « Mieux vaut plier que rompre », et de continuer à long terme, par les moyens qui sont propres à chacun, d’éveiller la conscience des masses, et ainsi de provoquer le changement là où est la source de tout problème, c’est à dire dans les abîmes cachés de chaque individu.

XU Lu 许 璐

Le roi Carl XVI Gustaf de Suède remet à Mo Yan son diplôme du Nobel et sa médaille, le 10 décembre 2012.

(Source : http://french.peopledaily.com.cn)

mo yan 2

 Lors de la remise du prix, le 10 décembre 2012 à Stockholm, Mo Yan accompagné de sa femme Du Qinlan.

(Source : http://french.peopledaily.com.cn)

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Mo Yan à la conférence de presse à Gaomi, son village natal, après avoir reçu le prix Nobel, le 12/10/2012.

(Source : http://www.rfi.fr)%5B25%5D

[1] « Domaine : Littérature – audiovisuel. Définition : Genre situé à la croisée du merveilleux et du fantastique, qui prend ses sources dans l’histoire, les mythes, les contes et la science-fiction. »CF.Fantasie, n.f. Journal officiel de FranceTerme (Commission Générale de Terminologie et de Néologie) du 23/12/2007. Source : http://www.franceterme.culture.gouv.fr/FranceTerme/recherche.html (consulté le 23/04/2014).

[2]Le Grand Bond en avant (Da Yue Jin), est le nom donné à une politique économique lancée par Mao Zedong et mise en œuvre de 1958 au début 1960. Cette politique a entraîné la mort de quelque 50 millions de personnes.

[3] Source : http://www.lefigaro.fr/2012/10/11/03005-20121011ARTFIG00592-le-chinois-mo-yan-prix-nobel-de-litterature.php (article du Figaro consacré à Mo Yan, prix Nobel de littérature en 2013, consulté le 19/10/13).

[4] Ibidem.

[5] Source: http://fr.wikipedia.org/wiki/Mo_yan (page consacrée à Mo Yan de l’encyclopédie libre en ligne Wikipédia, consultée le 19/10/13).

[6] Mo Yan莫言, Chunye Yu Feifei春夜雨霏霏 (Pluie torrentielle de nuit printanière), Baoding, Hebei, « Lotus » (revue littéraire bimensuelle), mai 1981.

[7] Mo Yan 莫言, Le Clan du sorgho (Hong Gaoliang Jiazu, 红高粱家族), Pascale Guinot et Sylvie Gentil (trad.), Arles : Actes Sud, 1993.

[8] Mo Yan 莫言, Le pays de l’alcool (Jiu Guo 酒国), Noël et Liliane Dutrait (trad.), Paris : Le Seuil, 2000.

[9] Mo Yan 莫言, Le Supplice du santal (Tanxiang Xing 檀香行), séléctionné pour le prix Mao Dun, Chantal Chen-Andro (trad.), Paris : Le Seuil, 2006.

[10] Mo Yan 莫言, Beaux seins, belles fesses (Fengru Feitun 丰乳肥臀), Noël et Liliane Dutrait (trad.), Paris : Le Seuil, 2004.

[11] Mo Yan 莫言, Quarante et un coups de canon (Sishiyi Pao四十一炮), Noël et Liliane Dutrait (trad.), Paris : Le Seuil, 2008.

[12] Source: http://fr.wikipedia.org/wiki/Mo_yan (page de l’encyclopédie libre en ligne Wikipédia consacrée à Mo Yan, consultée le 19/10/13).

[13] Ibidem. p 1, note 3.

[14] Pu Songling (1640-1715), Liaozhai zhiyi聊斋志异(Récits extraordinaires du Pavillon du Loisir), Li Jinjia (trad.), Paris : You-feng, 2009.

[15] Xu Zhonglin (15..- ?), Fengsheng Yanyi封神演义(L’investiture des dieux), Jacques Garnier (trad.), Paris : You-feng, 2002.

[16] Idem.

[17] Traduction personnelle. Texte original : « 当中国评论家说莫言小说的魔幻手法是受到外国的影响时,莫言自己揭开了他的 “魔幻手法”之谜。他说,他的所谓“魔幻手法”,不是学外国作家的,而是借鉴自中国民间小说《封神演义》,换言之,那是得自中国民间小说的启发。中国民间故事《封神演义》里边,譬如说一个人的眼睛被人挖去了,就从他的眼窝里长出了两只手,手里又长出两只眼,这两只眼能看到地下三尺的东西。还有一个人,能让自己的脑袋脱离脖子在空中唱歌,他的敌人变成了一只老鹰,将他的脑袋反着安装在他的脖子上,结果这个人往前跑时,实际上是在后退,而他往后跑时,实际上是在前进。这些场景,都在莫言后来的小说重复出现了。 » Source : http://culture.ifeng.com/1/detail_2013_02/15/22150878_0.shtml. (Consulté le 20/10/13).

[18] William Faulkner (1897-1962) est reconnu comme l’un des plus grands écrivains américains de tous les temps. Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1950. Il est probablement l’écrivain américain qui a eu le plus d’influence sur la littérature contemporaine, et en France, en particulier.

[19]Gabriel Garcia Marquez (1927- ) est un écrivain colombien, il a reçu le prix Nobel de littérature en 1982, et est l’un des auteurs les plus significatifs du XXe siècle. Son nom est associé fréquemment au « réalisme magique », genre qui insère des éléments magiques et des éléments surnaturels dans des situations se rattachant à un cadre historique et géographique avéré.

[20] Mao Zedong 毛泽东 (1893-1976), plus connu en français sous la transcription de Mao Tsé-toung, est un homme d’État et chef militaire chinois, fondateur et dirigeant de la République populaire de Chine.

[21]Un célèbre discours de Mao Zedong prononcé pendant la réunion des artistes et écrivains à Yan’an, une ancienne base révolutionnaire, le 23 mai 1942, annonce le contrôle des créations artistiques et littéraires de la Chine communiste.

[22] Source : http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20121012.OBS5557/les-dissidents-chinois-n-aiment-pas-mo-yan.html. (Article du Nouvel Observateur consacré à Mo Yan, consulté le 20/10/13).

[23] Source : http://www.rue89.com/2013/02/02/apres-la-polemique-sur-le-nobel-de-mo-yan-si-lisait-ses-livres-239194. (Article de rue89 consacré à Mo Yan consulté le 20/10/13).

[24]Ningwei yu sui, bu wei wa quan 宁为玉碎,不为瓦全 (Mieux vaut rompre brillamment que de plier humilié).