Vieille enseigne pékinoise de canard laqué Quanjude et son patrimoine culturel 北京老字号全聚德及其文化遗产

Les touristes qui ont visité Pékin ont sûrement entendu parler d’une expression : « Qui n’est pas allé à la Grande Muraille n’est pas un brave homme, qui n’a pas savouré le canard laqué éprouve vraiment des regrets » (Bù dào chángchéng fēi hǎohàn, bù chī kǎoyā zhēn yíhàn不到长城非好汉,不吃烤鸭真遗憾). Il s’agit du canard laqué d’une vieille enseigne pékinoise Quanjude (全聚德/Réunir toutes les vertus), fondée en 1864 par Yang Quanren杨全仁, originaire du Hebei河北.

Quanjude à Qianmen(photo personnelle)

Quanjude à Qianmen
(photo personnelle)

L’histoire de cet établissement est remplie d’anecdotes très intéressantes, notamment sur l’origine de son appellation et son enseigne. Après son arrivée à Pékin, Yang Quanren débuta son commerce en vendant des poules et des canards au marché des viandes (ròushì肉市), situé à l’extérieur de la Porte Devant[1]. Chaque jour il passait toujours devant une échoppe de fruits séchés qui s’appelait Dejuquan德聚全[2]. Malheureusement, le commerce de l’échoppe déclina de jour en jour, et fit faillite en 1864 (la troisième année du règne de l’empereur Tongzhi des Qing). Yang saisit immédiatement cette opportunité et acheta l’échoppe avec toutes ses économies pour la transformer en restaurant. Il fallait re-nommer l’établissement. Yang fit appel à un géomancien. Ce dernier fit deux fois le tour de l’échoppe, et déclara : « Cet endroit est béni selon la géomancie ![3] Regardez, les deux ruelles à ses côtés sont comme les deux barres d’un palanquin ; si on y construit un bâtiment, il aura la forme d’un grand palanquin à porter par huit personnes (Bā tái dà jiào八抬大轿), et un avenir prospère sera inestimable ! Cependant, sa précédente faillite présage un mauvais sort, à moins que les trois caractères de son nom original soient inversés, dans le sens de renverser le malheur. » C’est ainsi que son nom devint Quanjude全聚德 !

Calligraphié par Qian Zilong (?-?) (photo personnelle)

Calligraphié par Qian Zilong (?-?) (photo personnelle)

Avez-vous remarqué que sur le caractère (德signifiant la vertu) inscrit sur l’enseigne du restaurant, il manque en réalité un trait ? S’agirait – il d’une faute d’orthographe ? Dans le paragraphe précédent, nous avons parlé de la nomination du restaurant. Dès que le nouveau nom fut choisi, le fondateur Yang invita un Xiùcái (秀才)[4] s’appelant Qian Zilong钱子龙 au dîner. Ce dernier était connu par son habileté calligraphique. Après avoir bu quelques verres d’alcool, Qian inscrivit les trois caractères. Mais le caractère signifiant la vertu (dé德) avait un trait de moins. Une hypothèse a été avancée que Qian aurait oublié d’ajouter ce trait par négligence. Une autre hypothèse répandue dit que ce manque de trait aurait été dû à la demande du fondateur lui-même. A l’ouverture du restaurant, 13 commis furent embauchés, si on y ajoute Yang, ça fait 14 personnes. La partie droite du caractère de la vertu en chinois est composée, de haut en bas, par quatre caractères signifiant dix (shí), quatre (sì) , un ( yī) et cœur (xīn). Pour Yang, la façon dont le caractère vertu se compose symbolise une barre placée sur le cœur des 14 personnes ; cela va en contresens d’une collaboration efficace entre ces personnes. Par conséquent, il aurait demandé à Qian d’enlever la barre.

De

Bien que les deux hypothèses précitées soient fausses, elles sont largement connues auprès de la population pékinoise. En fait, des recherches scientifiques ont été réalisées pour éclairer tout le monde. Il y a plus de mille ans, le caractère 德(dé/la vertu) pouvait s’écrire soit avec la barre soit sans. Dans les oeuvres de grands calligraphes des cinq dernières dynasties (des Tang, des Song, des Yuan, des Ming et des Qing), on tombe mainte fois sur ce caractère sans la barre. Mais à l’époque moderne, ce caractère s’écrit obligatoirement avec la barre. Sinon, il serait considéré comme faute d’orthographe. Le restaurant a gardé l’enseigne telle qu’elle est pour respecter l’histoire. Aujourd’hui, ces anecdotes constituent le patrimoine culturel du restaurant à savourer en même temps que son délicieux canard laqué.[5]

DU Lili

[1]               Qiánmén前门est le nom familier de la Porte Zhèngyáng正阳. C’est la porte qui est  juste en face de la cité impériale durant les dynasties des Ming et des Qing.

[2]               Ces trois caractères signifient la vertu, réunir, et complet. Donc le nom exprime toutes les vertus réunies.

[3]               En chinois, ce genre d’endroits s’appelle précieux endroit selon la géomancie (Fēngshuǐ bǎodì风水宝地). D’après la géomancie, c’est un endroit qui pourra garantir à son occupant la prospérité et la fortune jusqu’à ses descendants.

[4]               Lettré éligible pour participer aux concours mandarinaux à l’échelon provincial durant les Qing

[5]               La technique de préparation du canard laqué de Quanjude est inscrite sur la liste  du  patrimoine culturel immatériel au niveau national et municipal.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s