Débats sur la traduction chinoise de patrimoine culturel immatériel 关于非物质文化遗产译文的异议

La concrétisation du concept du patrimoine culturel immatériel est le fruit de nombreuses années d’études et de recherches engagées par la communauté internationale dans le cadre de l’UNESCO. La formulation de ce concept résulta d’une série de débats au sein d’une équipe d’experts linguistes organisée par l’UNESCO. Réunie à Turin du 10 au 12 juin 2002, au préalable de la promulgation de la «Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel» (en 2003), cette équipe a précisé les unités terminologiques pour chaque contexte national. Les nomenclatures admettent officiellement celle de patrimoine immatériel dans le cadre francophone et d’intangible heritage dans le cadre anglophone et international pour caractériser le thème[1].

 En ce qui concerne sa formulation en chinois, la Chine, pays membre de la «Convention», a officialisé la traduction 非物质文化遗产(Fēi wùzhì wénhuà yíchǎn ). La construction de l’expression formée de 非物质(immatériel) + 文化(culture) + 遗产(patrimoine) nous permet de constater que la traduction chinoise s’est rapprochée de celle adoptée par la francophonie. Il est utile de noter que le patrimoine culturel immatériel n’est pas un concept propre à la Chine ; il fut introduit suite à l’adoption de la «Convention» en 2003. Par conséquent, sa formulation dans le contexte de la langue chinoise n’a guère fait l’unanimité. D’abord, certains craignaient que la traduction du mot «immatériel» par 非物质 pourrait laisser entendre à tort que le patrimoine immatériel est indépendant du support matériel pour exister. De plus, l’expression 非物质 n’inclut pas explicitement les caractéristiques du patrimoine immatériel au plan spirituel. Ensuite, certains linguistes chinois affirmaient qu’il n’était pas coutumier, même choquant pour la langue chinoise de commmencer une expression par le préfixe négatif 非(fēi). Il est courant en anglais ou en français de rajouter un préfixe négatif devant le radical afin de construire l’antonymie. Cependant, pour faire ainsi, la langue chinoise opte plutôt pour un mot opposé déjà existant ; pour en citer quelques exemples :真zhēn(réel/authentique)—假jiǎ(iréel/faux), 好hǎo (bon)—坏huài(mauvais), 动dòng(mobile)—静jìng(immobile). En principe, l’antonyme de 物质(matériel) en chinois est  精神 jīngshén(spirituel)[2]. Sans entrer dans le débat sur la légitimité de 精神 (spirituel) pour traduire «immatériel», la traduction 非物质 ne s’est apparemment pas adaptée au contexte linguistique du chinois. Puis, le Professeur Zheng Peikai郑培凯, directeur du Centre de la civilisation chinoise de l’Université urbaine de Hongkong (City University of Hongkong), estime que le choix de 遗产 sous-entend un bien qui peut être transféré et vendu[3] , point de vue qui rejoint les débats francophones sur la distinction entre «patrimoine» et «héritage» pour traduire le terme anglais «heritage».  

 Malgré ces différentes opinions, le patrimoine culturel immatériel est représenté officiellement en chinois par la formule 非物质文化遗产. Notre monde est en constante mutation ; il en va de même pour les connaissances humaines. Du patrimoine culturel et naturel en 1972[4]au patrimoine culturel immatériel en 2003, nos connaissances sur cette matière n’ont cessé d’évoluer et de s’enrichir. Quelle que soit sa traduction, adaptée au contexte linguistique de chaque pays ou non, nous sommes heureux de contaster que les pays signataires de la «Convention» ont porté une attention particulière au répertoire et à la sauvegarde de ce patrimoine, qui nous est très cher pour assurer la diversité culturelle de l’humanité.

Du Lili


[1]               Mariannick Jadé, «Le patrimoine immatériel : perspectives d’interprétation du concept de patrimoine», l’Harmattan, 2006, p.24

[2]               Nous ne manqueront pas de constater ces deux termes dans le célèbre slogan, né lors de sa visite officielle dans le sud de Deng Xiaoping en 1992 : «la civilisation spirituelle et la civilisation matérielle doivent être prises à deux mains, et les deux mains doivent être fermes.» (Jīngshén wénmíng hé wùzhì wénmíng, liǎngshǒu dōu yào zhuā, liǎngshǒu dōu yào yìng精神文明和物质文明,两手都要抓,两手都要硬)

[3]               Zou Songhua邹颂华, «Observation de Hongkong :  le patrimoine culturel immatériel qui transforme la pierre en or» (Xiānggǎng guānchá : Diǎn shí chéngjīn de fēi wùzhí wénhuà yíchǎn 香港观察 : 点石成金的非物质文化遗产), http://www.bbc.co.uk/zhongwen/simp/indepth/2010/02/100223_hk_review_heritage.shtml

[4]               «Convention concernant la protection du patrimoine mondial culturel et naturel», approuvée le 16 novembre 1972 par l’UNESCO.

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